"On reçoit des lobbyistes de partout..." (Brigitte Fouré, Députée européenne NC / PPE-DE), (2/3)


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Sans langue de bois, Brigitte Fouré, Députée européenne NC / PPE-DE depuis janvier 2008 et ancien Maire d’Amiens (2002-2007), répond à nos questions sur le lobbying mais aussi sur le fonctionnement au quotidien du Parlement européen (travail au sein des commissions, intergroupes, etc.).


Voici la seconde série de vidéos de l’interview que Brigitte Fouré nous a accordée il y a quelques jours. Vous pouvez également lire ci-dessous le texte de son intervention.

Retrouvez prochainement la dernière partie de cet entretien... mais également à l’avenir les interventions de nombreuses autres personnalités du monde politique, associatif, culturel ou économique !

1/ Le travail parlementaire s’effectue principalement au sein de commissions. Vous participez vous même aux travaux des commissions "Transport et tourisme" et "Marché intérieur et protection des consommateurs". Pourquoi ce choix ?

2/ Faîtes-vous partie d’un intergroupe, pourquoi, lequel ?

3/ Le lobbying au Parlement européen : comment ça se passe ?

4/ La législature touche à sa fin. Les Députés gèrent-ils désormais les affaires courantes ou vont-ils travailler jusqu’au dernier jour ?

1/ EGL : Le travail parlementaire s’effectue principalement au sein de commissions. Vous participez vous même aux travaux des commissions "Transport et tourisme" et "Marché intérieur et protection des consommateurs". Pourquoi ce choix ?

La règle du jeu quand on reprend un poste en cours de mandat, c’est de reprendre les commissions dans lesquelles siégeait le prédécesseur. Comme je savais que j’étais au Parlement européen pour un an et demi (et peut-être plus le cas échéant)… je me suis dit qu’il fallait que je travaille dans des commissions dans lesquelles je pourrais être vite efficace. Et donc très vite il m’est apparu que la commission du transport et du tourisme était importante. En effet, le transport dans ma circonscription est essentiel (fret, autoroutes, canal Seine-Nord Europe, etc.), et donc beaucoup de dossiers intéressent directement les habitants de ma circonscription. Et puis, il y a quelques années, en tant que conseillère régionale de Picardie, j’avais travaillé sur ces questions en tant que membre de la commission des transports. J’avais donc envie de participer à cette commission. Et puis j’avais également envie de participer à la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs parce que, en tant que juriste privatiste, c’est un sujet que je connais en droit interne français, donc ça me semblait plus facile de m’adapter vite.

Jean-Louis Bourlanges était membre de la commission des transports, donc j’ai pu le remplacer sans problème. Et il était membre suppléant à la commission des affaires constitutionnelles. Et là, miracle, j’ai pu échanger cette participation dans cette commission avec celle de membre suppléante de la commission du marché intérieur et de la protection des consommateurs. Cela s’est fait tout naturellement. Donc je participe effectivement aux travaux de deux commissions dans lesquelles j’ai souhaité travailler.

EGL : Et donc ce sont vraiment les dossiers sur lesquels vous souhaitiez vous engager avant de venir au Parlement européen ?

Oui, tout à fait, avec une priorité pour la commission transport et tourisme parce que j’y suis titulaire, alors que je ne suis que suppléante dans l’autre commission. Et comme il se trouve que les activités des commissions transport et consommateur ont souvent lieu en même temps, c’est difficile de concilier les deux. Et donc je me suis dit que je donnerais la priorité à la commission transport. Et donc c’est comme ça que j’ai pu m’impliquer et j’ai eu la chance de pouvoir suivre de façon approfondie une directive qui m’intéressait. Cette directive portait sur la sécurité routière. C’est une directive qui a pour vocation de faire que toutes les personnes qui se rendent coupables d’excès de vitesse et autres infractions dans un autre État-membre soient condamnées comme si elles étaient nationales. Ce dossier m’a beaucoup passionné puisque j’ai pu travailler vraiment sur une directive : voir comment on travaillait avec les collègues, avec la Commission européenne, avec les États, etc. Mais il faut admettre que la directive bloque. Bien que la directive ait été votée, nous bloquons désormais sur les États arque-boutés sur leur souveraineté nationale. Certains États pensent que, pour des raisons de respect des compétences nationales en matière de droit pénal notamment, cette directive ne doit pas passer comme ça. Et moi je pars du principe que, quand on a 40 000 tués sur les routes d’Europe chaque année, on doit pouvoir passer au-dessus de tout cela. Et je regrette que les États restent arque-boutés sur leur souveraineté quand en face ce sont des vies humaines qui sont en jeu.

2/ EGL : Faîtes-vous partie d’un intergroupe, pourquoi, lequel ?

Alors je fais partie d’un intergroupe sur le Tibet comme vous pouvez le voir d’ailleurs, je l’affiche. Je suis sensibilisée à la question du Tibet et quand j’ai appris qu’il y avait un intergroupe sur le Tibet, j’ai voulu en faire partie pour le cas échéant être à l’origine de déclarations écrites auprès des parlementaires. Je pense que les députés européens ont un rôle à jouer en matière de droits de l’homme. Le Parlement Européen a une voix à apporter dans ce domaine là. Moi j’étais beaucoup frappée quand Ingrid Bétancourt est venue au Parlement Européen au mois d’octobre et qu’elle nous a dit que quand elle était kidnappée au fin fond de la jungle en Colombie, elle savait que le Parlement Européen la soutenait, et que cela avait été important pour elle. Et bien moi, ça m’a marqué d’entendre cela d’Ingrid Bétancourt.

3/ EGL : Le lobbying au Parlement européen : comment ça se passe ?

Brigitte Fouré : Ce que je voudrais dire d’entrée de jeu, c’est qu’en français, le mot lobbying a une connotation péjorative. « Faire du lobbying » c’est ‘tripatouiller’, essayer d’acheter…alors que le lobbying ce n’est pas du tout ça, donc il faudrait peut-être trouver un mot français qui dise les choses clairement et qui n’ait pas cette connotation qu’a le mot anglais. En fait, pour moi, les groupes qui existent autour du Parlement – donc les lobbyistes – sont extrêmement intéressants et extrêmement importants. Parce que je vous le disais, on travaille sur des sujets qui sont extrêmement concrets, et nous les parlementaires européens, nous ne sommes pas des techniciens des différents sujets, nous sommes des politiques et donc par hypothèse nous ne connaissons pas les sujets techniques dans le détail. Or, on nous fait travailler sur des sujets techniques donc il faut qu’on ait l’information sur ce qu’il est possible de faire, comment ça peut se réaliser… Les lobbyistes sont donc là pour nous donner les informations.

En plus de ça c’est complètement transparent ici, les lobbyistes sont présents dans les commissions de travail, comme n’importe quel citoyen en a le droit. Ils voient et ils entendent ce que disent les parlementaires et après ils vont les trouver en leur proposant des informations complémentaires. Ils sont donc là pour nous aider à comprendre les aspects techniques des choses, et après c’est nous qui tranchons. Nous recevons les lobbyistes de partout. Par exemple dans le domaine de l’environnement, nous allons recevoir aussi bien les lobbyistes pro-environnementaux que les organisations agricoles pour parler sur les pesticides… Sur cet exemple (dont nous avons parlé tout à l’heure), j’ai évidemment reçu des organisations de lobbyistes environnementaux qui souhaitent qu’on interdise très largement tous les pesticides. De l’autre côté j’ai reçu les organisations agricoles qui disent « attention parce que si on n’interdit tout, nous on ne pourra plus traiter, et puis alors les tomates ou les pommes ou les pommes de terre qu’on fournira ne seront pas aussi belles qu’aujourd’hui : comment les consommateurs réagiront-ils ? ». Nous avons donc toutes ces informations, et c’est là que nous pouvons faire la synthèse. Il est donc très précieux d’avoir les lobbyistes, mais dès lors que c’est transparent, ouvert, au vu et au su de tout le monde. Les lobbyistes existent tant dans le monde des affaires que dans le monde politique, mais je trouve que c’est infiniment plus démocratique quand c’est affiché, clair et transparent que lorsque c’est fait ‘sous le manteau’. Je trouve donc que le lobbying est normal, il y en a dans tous les domaines mais en France on ne sait pas suffisamment en faire. A mon avis on n’a pas assez compris l’intérêt du lobbying. Par exemple, j’ai eu l’occasion de découvrir que la ville de Londres avait ses lobbyistes puisqu’ils sont venus me voir sur un dossier. Un constructeur de jouets est venu me voir à propos d’une autre directive… Vous voyez donc que nous avons des lobbyistes de tous horizons. On a bien sur des constructeurs automobiles qui viennent nous voir, d’autant plus avec la crise que nous connaissons. On essaie de trouver le juste milieu entre ce qu’ils peuvent faire et l’intérêt général. C’est donc très précieux pour nous d’avoir ces groupes ‘techniques’ qui sont là pour nous informer, pas du tout pour décider à notre place. A nous les politiques d’être suffisamment bien informés pour ne pas être des ‘marionnettes’ entre les mains de tel ou tel lobby.

4/ EGL : La législature touche à sa fin. Les Députés gèrent-ils désormais les affaires courantes ou vont-ils travailler jusqu’au dernier jour ?

Il est clair qu’il y a un certain nombre de dossiers dont on voit bien qu’ils ne vont pas pouvoir être traités avant la fin de la mandature. Or, la règle du jeu au Parlement européen, c’est que si un dossier n’a pas été voté avant la fin de la mandature, même si on « court », on repart à zéro dans la nouvelle mandature. Il est donc clair donc qu’on est pas en train de gérer les affaires courantes, ce n’est pas ça, mais on est en train d’essayer de boucler tous les dossiers qui peuvent l’être avant juin. Donc je pense, qu’en effet, les dernières sessions du Parlement européen, en particulier celle de Mai, traiteront probablement moins de dossiers que celles de Novembre ou Décembre de l’année dernière. Mais il ne s’agit pas de dire « allez on lève le pied puis on ne fait plus rien », ce n’est pas ça ! On essaye d’accélérer le mouvement pour boucler les dossiers qui peuvent l’être. Et les dossiers qui posent vraiment problème, ceux dont on voit qu’ils ne vont pas trouver une issue avant la fin de la mandature, ce n’est pas la peine de s’échiner à travailler dessus pour que tout soit à rebattre dans la mandature prochaine. Ce que je constate aussi, c’est que même les députés qui ont décidé de ne pas se représenter dans la prochaine mandature, continuent à être présents et à travailler comme si de rien n’était parce qu’ils sont vraiment très responsables et très conscients de ce que le mandat s’arrête en juin et pas avant.

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Le 30 mars 2009, par Adrien Sellez, Barbara Delbrouck


Adrien Sellez

Vice-président EGL.

Français.

Né le 4 septembre 1985.

Institut d’Études Politiques de Lille (2004-2009).

Université du Kent, Grande-Bretagne (2004-2008).

Collège d’Europe à Bruges, Belgique (2008-2009).

Barbara Delbrouck

Rédactrice associée EGL.

Belge.

Née le 9 février 1985.

Master en journalisme à l’IHECS, Bruxelles.

Membre des Euros du village.




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