Droits de l’Homme : "Je vais continuer à me battre" (Hélène Flautre, Députée européenne, Les Verts)


Entretien avec la tête de liste Europe-Ecologie dans le Nord-Ouest


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Le mercredi 7 avril 2009, avant de participer à la conférence sur le Parlement Européen à Sciences Po Lille, Hélène Flautre, tête de liste Europe-Ecologie dans la région Nord-Ouest pour les élections européennes, accepte de répondre à nos questions concernant son travail en tant que présidente de la sous-commission droits de l’homme au Parlement européen, les avancées mais aussi les échecs de certains dossiers en la matière. Franche et directe, Hélène Flautre n’hésite pas à nous faire part de ses déceptions et de ses combats lors de ces cinq dernières années.


EGL : Votre deuxième mandat de députée européenne se termine et vous avez de grandes chances d’être élue pour un troisième mandat. Si tel est le cas, souhaitez-vous garder la tête de la Présidence de la sous-commission droits de l’homme au Parlement européen ?

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Moi, en tout cas, je vais me battre pour les droits de l’homme et je continuerai à le faire notamment dans le cadre de la mise en œuvre du traité de Lisbonne qui donne plus de cohérence, avec un service européen de l’action diplomatique, avec une vice-présidence de la Commission qui sera aussi notre Haut Représentant pour la politique étrangère, qui va donc créer un front Commission/Conseil qu’il faut contrebalancer fortement au Parlement européen. Je vais continuer à me battre pour avoir une commission des droits de l’homme de plein exercice. Ca ça me paraît essentiel. Aujourd’hui si on a pas réussi finalement, et pour moi c’est une déception, parce que je pensais qu’après avoir quand même travaillé d’arrache-pied pour crédibiliser cet organe et être en mesure d’obtenir l’accord des groupes politiques pour avoir une commission des droits de l’homme de plein exercice, ça ne s’est pas fait pour des raisons purement politiciennes et qui n’ont rien à voir avec les droits de l’homme, donc ça m’agace énormément. C’est le fait que le PPE qui est le plus grand groupe et qui espère le rester choisira la commission des affaires étrangères et ne veut donc pas que la sous-commission droits de l’homme qui lui est liée structurellement aujourd’hui ne devienne une commission de plein exercice. Pour faire plaisir au PPE, ni le PSE ni le groupe des libéraux qui au fond sont pour, n’ont soutenu cette initiative. Donc je suis extrêmement agacée avec ça. Je continuerai à me battre pour ça. Maintenant assumer la présidence d’une commission c’est un gros boulot qui demande une présence importante, un travail extrêmement suivi avec les services, avec tous les coordinateurs des groupes politiques, il faut mettre les sujets à l’agenda, il faut chercher les meilleurs invités, les experts, les défenseurs des droits de l’homme, sans parler de la discussion avec les ambassadeurs. Ça m’a pris l’essentiel de mon activité.


EGL : Et sinon, dans quelle autre commission parlementaire souhaiteriez-vous travailler ?

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Je ne vais pas revendiquer de garder la présidence de la sous-commission droits de l’homme pour les raisons que je vous ai indiqué, parce que c’est un type de travail de grande présence, de proximité avec les services, avec les groupes politiques pour mettre les sujets à l’agenda, pour tomber d’accord sur le panel des invités, etc. Il y a des pays pour lesquels ce n’est pas compliqué, mais si vous parlez du Sri Lanka ou de la Colombie, ou de la Palestine, c’est la foire d’empoigne. Donc là aussi, vous n’allez pas crédibiliser votre organe parlementaire comme vous le voulez, en tant que présidente, vous ne pouvez pas organiser ce type de débat parce que le PPE et le PSE se fracassent. Donc voilà c’est fatiguant, ça m’a passionné, ça m’a intéressé, et puis il y a eu un boulot législatif dont je suis contente, c’est moi qui l’ai mené avec un rapporteur du PPE, c’est l’instrument européen démocratie/droits de l’homme. Maintenant il est sur les rails, après avoir mené les négociations avec les groupes de travail, fait des rapports avec la Commission et le Conseil depuis la fin 2006. De toute façon, quand on a trempé dans les droits de l’homme on est imprégné à vie. Je ne vais pas lâcher cette affaire évidemment. Mais moi je souhaiterais dans la prochaine législature aller dans une commission directement législative, notamment, donc vous voyez qu’on va rester près des droits de l’homme, dans la commission libertés publiques, pour travailler sur les questions d’asile, d’immigration, de protection des données personnelles, de lutte contre le terrorisme. Il faut proposer des amendements, former des coalitions, faire monter au créneau les ONG au bon moment et ça je sais le faire et j’ai envie de faire ça.


EGL : Vous êtes la Présidente de la sous-commission droits de l’homme au Parlement européen depuis sa création en 2004. Quels ont été les dossiers importants sur lesquels vous pensez avoir pu faire avancer les choses ?

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Nous avons créé un instrument doté de 130 millions d’euros par an pour soutenir les ONG et défenseurs des droits de l’homme dans les pays tiers sans l’accord des gouvernements, ce que l’on aurait pas eu si l’on avait pas eu une sous-commission droits de l’homme ça c’est clair. On a bataillé pendant un an avec la Commission pour obtenir cet instrument. Et c’est un vrai plus parce que les instruments financiers de la politique étrangère de l’UE sont toujours négociés avec les gouvernements des pays tiers donc ça limite les exigences en matière de droits de l’homme. Pour financer une organisation qui dénonce la corruption du gouvernement, il y a assez peu de chances pour que vous ayez l’accord du gouvernement en question. Donc il fallait cet instrument. Et voilà, on l’a obtenu donc je suis super contente de ça.

Après il y a aussi eu tout le travail qu’on a fait sur la Chine par exemple, notamment avant et après les Jeux Olympiques, ça a abouti au prix Sakharov pour la liberté de penser pour Hu Jia (dissident chinois), ce qui n’était certainement pas gagné d’avance car ni le PPE ni le PSE n’en voulaient. C’était pas évident du tout. Donc on peut le mettre dans les réussites du Parlement européen sur les droits de l’homme.

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Le prix Sakharov du Parlement européen a été descerné à Hu Jia, dissident chinois

Ensuite on a constamment travaillé sur les droits de l’homme en Palestine, et là-dessus on avait un regard intéressant parce qu’au lieu de regarder la situation avec tout son empilement d’histoire, vous la regardez avec des instruments objectifs que sont les conventions internationales des droits de l’homme, l’article 2 de l’accord d’association qui nous lie, le traitement des prisonniers, les décisions de la Cour Internationale de Justice sur le mur notamment, pour objectiver le débat qui est tellement passionné, où c’est "t’es pour ou t’es contre". Nous on est pour le respect des droits de l’homme, du droit international et humanitaire, ça nous a permis de faire avancer le sujet. D’ailleurs, il y une concrétisation de cela, qui n’est pas seulement le fait de la sous-commission droits de l’homme, qui est le report du vote sur le statut avancé des relations UE/Israël. On a clairement engrangé un travail corrélatif et précis. On n’a pas été dans la passion de ce débat qui est toujours un débat impossible. Nous on s’est documenté, on a mis les choses sur la table de manière claire, fiable et objective, et c’est un élément qui a permis le report du vote. Tout ce travail a été fait avant la guerre de Gaza, donc on a quand même eu du flair. Mais je rappelle que dans la position du Conseil, 20 jours avant l’invasion de Gaza, il y a la volonté de réitérer l’approfondissement du niveau de relations entre l’UE et Israël. Moi je serais honteuse. Et ça c’est quand même sous présidence française, avec Bernard Kouchner aux commandes. C’était clair que ça allait arriver. On était à un an après le sommet d’Annapolis. Et qu’est-ce qu’on a gagné après Annapolis ? Plus de checkpoints, plus de colonisation illégale, plus d’intrusions militaires, le blocus de Gaza n’avait pas bougé contrairement aux engagements. C’était clair que ça ne pouvait être que la politique du pire. Totalement prévisible. Donc c’est complètement honteux ce qu’ils ont fait au Conseil. Et si au Parlement européen, qui est aussi clairement pro-israëlien de la manière la plus bête, en soutenant même l’insoutenable, si on avait pas fait un travail rigoureux donc audible, je ne sais pas si le Parlement européen ne se serait pas non plus embarqué dans cette histoire. J’aurais été honteuse franchement.

Ce qu’on a fait aussi, c’est qu’on a réussi à ne pas enterrer, je dis ça comme ça parce qu’on n’a pas gagné, mais on n’a pas enterré l’affaire des vols secrets de la CIA. La CIA et les services secrets européens avaient oeuvré pour le transfert illégal de gens sans statut dénommés "présumés terroristes" et qui sont passés par les espaces aériens européens et qui ont même, au moins dans deux pays, été dans des centres de rétention illégaux, non connus donc illégaux, en Pologne et en Roumanie. Donc nous, on a adopté deux rapports là dessus à l’arrachée, dans un vote extrêmement clivé. Donc ça on l’a mis à l’agenda parce qu’il y avait quand même un rapport des Nations Unies sur la torture Dick Marty, un parlementaire suisse du Conseil de l’Europe, est venu deux fois. On a vraiment fait notre boulot pour que cette affaire ne soit pas enterrée. On sait pourquoi elle risquait d’être enterrée, parce que le Président de la Commission européenne, quand il était premier ministre avait accepté 700 vols illégaux au dessus de l’espace aérien portugais, évidemment c’était un peu compliqué après cela pour le commissaire Barroso de défendre ce qui est son boulot, l’intérêt général européen.


Découvrez dans quelques jours la suite de cet entretien...

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Sources : photo du logo : http://www.flautre.net/IMG/jpg/HF_1... ; photo 2 : http://paris10e.lesverts.fr ; photo 3 : www.europarl.europa.eu




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Le 16 avril 2009, par Emmeline Allioux, Gaëtan Claeys


Emmeline Allioux

Vice-présidente et Trésorière EGL.

Française.

Née le 3 avril 1987.

Institut d’Etudes Politiques de Lille (2004-2009).

Université du Kent, Grande-Bretagne (2004-2008).

Collège d’Europe à Bruges, Belgique (2008-2009).

Gaëtan Claeys

Secrétaire général EGL.

Français.

Né le 25 mars 1985.

Collège d’Europe, Bruges (2008-2009).

Institut d’Études Politiques de Lille (2004-2009).

Université de Münster, Allemagne (2004-2008).




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