"Barroso, c’est niet !" (Hélène Flautre, Europe Ecologie)


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Voici la seconde partie de l’interview avec la députée européenne Hélène Flautre, tête de liste Europe Ecologie pour la région Nord-Ouest. Les thèmes abordés ici sont très divers, allant de la problématique de la relance du nucléaire en Europe à l’adhésion de la Turquie, en passant par un échange sur l’Union pour la Méditerranée. Convaincue que l’Europe a besoin d’un nouveau souffle, Hélène Flautre n’hésite pas à dire que les Verts veulent "la peau de Barroso" et font du slogan "Stop Barroso" un message clef de leur campagne. Une interview qui décape... A lire absolument !


EGL : A l’heure où la majorité des Etats membres de l’UE s’engagent dans une "relance du nucléaire" : la Lituanie, les Pays-Bas (qui ont décidé l’année dernière de ré-ouvrir le débat), l’Italie (où Berlusconi lance un programme de relance du nucléaire), le Royaume-Uni qui compte construire de nouveaux réacteurs d’ici 2020, la Finlande qui opte pour le premier réacteur EPR, sans compter les Etats d’Europe centrale et orientale qui appellent l’UE à s’engager résolument pour le nucléaire au nom de la sécurité énergétique face à leur voisin russe, comment, face à cette relance massive du nucléaire, la "relance écologique" peut-elle se faire entendre ?


A part l’EPR finlandais, tout le reste c’est de la communication.

La part du nucléaire dans la production de l’énergie mondiale baisse et continue de baisser. Et elle va baisser inexorablement pour une raison simple : il n’y a aucune entreprise privée qui ne choisit le nucléaire, le nucléaire ne tient que grâce au public, et on voit bien aujourd’hui qu’on a autre chose à faire avec l’argent public. Et donc je ne crois pas du tout à l’avenir du nucléaire.

Mais il y a effectivement une grande campagne de communication et de promotion dont Barroso s’est fait le relais mais qui a mon sens ne va pas déboucher concrètement.

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Il n’y a pas de rentabilité au nucléaire. C’est quand même un problème. Il n’y a de l’uranium que pour 30 ans, alors que des investissements considérables sont nécessaires pour construire des centrales dont la durée de vie s’élève aussi à 30 ans. Et puis il y a des déchets presque pour l’éternité, à taille humaine ça correspond à l’éternité.

Sarkozy fait le VRP du nucléaire, c’est honteux.

Donc pour l’instant, oui com, oui promotion, mais projets effectifs, bouclés, rien. Sauf en France, bien sûr, à Flamanville il y a du béton c’est clair !

Lorsque vous investissez dans le nucléaire, vous n’investissez pas dans les économies d’énergie, l’efficacité énergétique ni l’énergie renouvelable. Or, il n’y a aucun scénario, même fortement nucléarisé, qui peut se passer de 20% d’économies d’énergie d’ici 2020. Ca c’est non négociable, c’est obligatoire, sinon tout ce que l’on raconte sur le changement climatique, les économies d’énergie c’est du vent. Ca implique de l’investissement dans l’isolation, dans une autre agriculture, dans la R&D pour l’efficacité énergétique. On ne peut pas faire tout et son contraire.


EGL : Quelle est votre position vis-à-vis d’une possible "réélection" de José Manuel Barroso à la tête de la Commission ?


Nous, on veut la peau de Barroso, il faut être clair là-dessus ! On veut la peau de Barroso parce que c’est une condition non suffisante mais absolument nécessaire pour que l’Europe puisse repartir vers un avenir un peu sérieux. Parce qu’il a quand même à son actif :

  • la promotion du nucléaire, alors qu’il y avait historiquement une neutralité de la Commission sur la question du nucléaire ;
  • la marche forcée que même les ministres au Conseil lui ont refusé sur les autorisations d’OGM. Il s’est pris un vent par le Conseil ! ;
  • son inaction pendant la crise. Son apologie de la dérégulation alors que toutes les alarmes sont en rouge.
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Trop c’est trop, donc Barroso pour nous c’est niet.

Alors, que pouvons-nous faire ? Ce sont les chefs d’Etat et de gouvernement qui vont décider. Comme on n’a pas de chef d’Etat ou de gouvernement Vert, nous on est sérieux, on ne revendique pas la présidence de la Commission. Mais on veut discuter, on veut trouver au Parlement européen une majorité décidée à se débarrasser de Barroso. Et après c’est quand même aux citoyens de choisir. Il est clair que le président de la Commission sera issu de la majorité parlementaire, peut-être du plus grand groupe. Donc tout est dans les mains des citoyens : vous n’avez pas aimé Bolkestein, c’est le moment de jeter Barroso, allez-y, vous avez les clés !

On va négocier présidence de la Commission et présidence du Parlement européen.

A la présidence du Parlement européen, un groupe comme les Verts est totalement crédible. Les mandatures des deux obscurs apparatchiks PPE-PSE ne laisseront aucune trace dans l’Histoire. Nous on avait voté pour Bronislaw Geremek, c’était quand même une audience, un prestige, une respectabilité et puis c’était prendre la mesure de l’élargissement de l’Union. On rentrait dans l’Histoire.

Il faut que les Verts soient capables d’être au cœur d’une majorité pour influer la nomination d’un autre président de la Commission. Ca, c’est déterminant quand même. Parce qu’avec une Commission qui lèche les semelles du Conseil et qui fait pas son boulot, c’est-à-dire son boulot de proposition dans l’intérêt général des Européens, c’est quand même un handicap absolument majeur.

Les socialistes français ont des petits soucis dès qu’ils passent les frontières françaises. Ils disent qu’ils ne veulent plus de Barroso mais moi je veux que Martine Aubry arrive à convaincre les socialistes portugais, britanniques, espagnols, et après on en reparle en France.

C’est quand même hallucinant que les grands groupes se partagent le gâteau pour la présidence du Parlement européen. Après ils disent, "il faut que les gens votent, il faut les mobiliser". Mais s’ils écoutent ces grands groupes, ils ont l’impression que tout est déjà bouclé. Donc en fait, non, rien n’est déjà bouclé et tout est entre les mains des citoyens.


EGL : Pensez-vous que des améliorations concernant le respect des droits de l’homme en Turquie ont été réalisées, et que cela laisserait entrevoir une adhésion possible de la Turquie dans un futur proche ?


Les droits de l’homme, ce n’est pas une marche lente, sûre et proportionnelle. Il y a eu la belle époque des ONG, des débats sur les droits de l’homme et des réformes, c’était juste avant l’ouverture des négociations parce qu’il fallait donner des gages. Après, il y a eu une pause dans les réformes, puis concomitamment à cela, des errements dans la position européenne, notamment à cause de la France et donc, du coup, ça a produit que les promoteurs des droits de l’homme et de l’adhésion à l’Union européenne en Turquie se sont retrouvés discrédités. Et qui a repris du poil de la bête ? On l’a vu, ce sont les nationalistes, qui depuis le départ sont opposés à l’adhésion à l’Union européenne et qui font campagne sur les thèmes de "l’Union européenne ne voudra jamais de nous", "Tout ça c’est du baratin", "On se rit de nous", "Nous sommes ridicules", "Nous ne sommes pas respectés"... donc ça a créé un climat délétère.

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Je suis très contente qu’Obama se soit mêlé de ce qui ne le regardait pas totalement. C’était très rigolo que Sarkozy dise que ce n’’est pas son boulot, à Obama, de dire qu’il est pour, enfin il a le droit de dire ce qu’il pense sur le sujet. Il est clair qu’Obama n’a pas les clefs de la décision, mais Sarkozy devrait dire que ce n’est pas non plus le peuple français qui les a. Je suis scandalisée de voir qu’on veuille organiser un référendum en France pour décider de l’adhésion de la Turquie à l’Europe. C’est vraiment flatter le patriotisme de manière scandaleuse. On peut avoir un référendum mais alors pas seulement sur la Turquie, sur tous les nouveaux pays, et le faire à l’échelle européenne sinon on est complètement dans l’instrumentalisation politicienne à visée purement interne, électorale interne. Moi je suis très favorable à l’adhésion de la Turquie à l’Europe mais je pense franchement que le contenu n’y est pas. Il y a encore un sacré boulot. Il y a une question qui doit être réglée avant l’adhésion, c’est le Sud-Est où vit la population Kurde car ça dégénère et ça crée un climat de tension dans le pays. C’est un gros sujet de préoccupation et d’ailleurs il s’est passé exactement ce que j’avais prédit quand j’y suis allée en novembre, c’est que l’AKP qui est le parti au pouvoir s’est planté aux élections municipales au Kurdistan. Et j’avais mis mon billet là-dessus. J’étais sûre de cela. Même si c’est vrai que l’AKP prenait de l’ampleur sur le DTP, le parti Kurde, qui devrait normalement avoir des voix au Kurdistan. Mais ils ont arrêté de donner des voix à un parti qui, sur les droits culturels, civils, politiques et économiques, n’a pas permis de réelles avancées.

Mais on sent que ça bouge en Turquie. Bien sûr, il y a la question de la torture, de l’égalité homme/femme. Quand je suis allée en Turquie la première fois, c’était juste avant l’ouverture des négociations, il était impensable qu’une centaine de personnes lance un texte qui reconnaisse le massacre des Arméniens. C’était inimaginable. Et là, non seulement le texte est sorti et en plus ils n’ont pas été inquiétés. Et il y a une autre bonne nouvelle, c’est que l’espèce de réseau mafieux au sein de l’armée est en passe d’être démantelé par les autorités au pouvoir, et il s’agit là d’anciens putschistes, ultra-nationalistes. Donc ça bouge. C’est super intéressant. Et ça continuera à bouger positivement que si on dit à la Turquie, non pas qu’elle pourra entrer dans l’Europe parce que ça dépend des évolutions, mais que l’on dise à la Turquie que le processus est complètement fiable et loyal. Voilà. Il faut être sérieux, loyal, fiable dans nos relations avec la Turquie, ce que nous ne sommes pas à cause de pitres comme Sarkozy pour qui la Turquie est un hochet dans son débat interne. Mais il ne se rend pas compte de ce que cela produit en Turquie.


EGL : Vous qui avez travaillé sur les questions euro-méditerranéennes, comment avez-vous accueilli le projet de création de l’Union pour la Méditerranée et comment voyez-vous son développement quelque peu compromis par les attaques israéliennes en territoire palestinien (à la suite desquelles les représentants des Etats voisins ont décidé de ne plus participer aux réunions euro-méditerranéennes en solidarité avec les Palestiniens) et aux vues notamment de l’arrivée de Benjamin Netanyahou à la tête du gouvernement israélien ?


Le bébé était très mal né parce qu’on a parlé de la Turquie mais on aurait pu faire la même chose pour la Méditerranée, hochet dans la campagne présidentielle de Sarkozy, évidemment ce n’était pas à l’époque l’Union pour la Méditerranée mais l’Union de la Méditerranée. Sarkozy lance ça en France dans le cadre de la campagne présidentielle en faisant fi de la politique euro-méditerranéenne mise en place depuis Barcelone en 1995, en faisant fi de ses autres partenaires européens non riverains de la Méditerranée. Donc c’était un pur scandale. C’était se moquer du monde. Et donc le monde lui a bien rendu. La Commission européenne, l’Allemagne, le Parlement européen sont montés vent debout contre le projet qui aujourd’hui n’a plus rien à voir avec ce qui était sorti à l’époque en France durant la campagne présidentielle.

Aujourd’hui, le pari est que l’on peut peut-être miser sur une nouvelle énergie politique pour relancer quelque chose de plus ambitieux. Mais c’est clairement pas gagné et, en tout cas, ce qui s’avère évident, c’est que le pari de Sarkozy consistait à dire : on peut faire un peu d’argent entre nous, en n’étant pas complètement handicapés par les conflits locaux de la Palestine et du Sahara Occidental. C’était ça l’idée, de faire des grands projets avec du financement venant des Etats du Golfe pour des entreprises européennes, notamment françaises. Voilà le projet de Sarkozy. Au début, c’est ça. Et en disant : toutes les choses embêtantes, les droits de l’homme, etc., on met de côté. Il se rendait chez ses amis en leur disant "chacun est roi en sa maison", "moi je n’ai pas de leçon à vous donner". Il s’est fait avoir sur l’Union pour la Méditerranée parce que c’est devenu autre chose. On l’a revivifié d’une nouvelle rehaussée politique mais c’est clair que tant qu’il n’y a pas de perspectives de résolution du conflit israélo-palestinien, on va rester durablement bloqués. Ca c’est une évidence.

Pour moi, ce qui peut donner une énergie nouvelle, c’est qu’au-delà de la coopération entre les chefs d’Etat, on ait de la coopération entre les ONG, la société civile, les défenseurs des droits de l’homme, les universitaires, les chefs d’entreprise... Il faut absolument intensifier cela. Il faut qu’il y ait une plateforme EuroMed et que la circulation puisse se faire dans cette plateforme. La circulation des étudiants, mais pas seulement. Au cœur de la Méditerranée, pour l’instant, on a un cimetière. 12 000 morts. 300 sont morts noyés l’année dernière. Si on veut faire quelque chose de cet espace, il faut en faire un espace de circulation. Donc trois conditions à la réussite de ce projet : un renforcement de la coopération, la circulation des personnes et la résolution du conflit israélo-palestinien.

Nous remercions Hélène Flautre d’avoir répondu à nos questions.

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Sources : Photo Logo : http://www.flautre.net/IMG/jpg/HF_1... ; Photo 1 : www.mathcurve.com ; Photo 2 : www.catherinetrautmann.net ; Photo 3 (dessin de Plantu) www.turquieeuropéenne.eu




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Le 23 avril 2009, par Emmeline Allioux, Gaëtan Claeys


Emmeline Allioux

Vice-présidente et Trésorière EGL.

Française.

Née le 3 avril 1987.

Institut d’Etudes Politiques de Lille (2004-2009).

Université du Kent, Grande-Bretagne (2004-2008).

Collège d’Europe à Bruges, Belgique (2008-2009).

Gaëtan Claeys

Secrétaire général EGL.

Français.

Né le 25 mars 1985.

Collège d’Europe, Bruges (2008-2009).

Institut d’Études Politiques de Lille (2004-2009).

Université de Münster, Allemagne (2004-2008).




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